(1/2) L’autre leçon de la victoire (complètement biaisée) de la machine sur l’homme

L’autre leçon de la victoire (complétement biaisée) de la machine sur l’homme (1/2)

Si le dernier affrontement entre l’homme et la machine autour d’une partie de go n’a pas beaucoup d’importance et ne donne pas d’enseignements sérieux sur la supériorité de l’un sur l’autre (hormis à un jeu spécifique, le go, autour d’un cadre et de règles qui concernaient jusqu’à présent humain vs humain), ceci peut amener une réflexion sur la force du collectif par rapport au talent individuel. Il est ainsi possible de réfléchir sur l’importance de favoriser la coopération et l’efficacité des équipes pour répondre aux problématiques complexes.

La campagne médiatique de Google, dans l’affrontement de son logiciel AlphaGo et du numéro trois mondial du jeu de go, Lee Sedol, fut un grand succès. Nous avons été tenu en haleine pendant plusieurs jours pour savoir quelle était l’espèce dominante, de l’ordinateur ou de l’humain. Ce « combat des titans » s’est soldé par un succès clair (4 à 1) de la machine. L’espèce humaine serait donc dépassée par son enfant chéri et effrayant, l’intelligence artificielle.

Il en est fini de notre domination sur ce monde et le transhumanisme, l’idéologie de Google et de la vallée du Silicium (« Silicon Valley ») est la seule issue possible. Diable !

Hal

HAL – l’intelligence artificielle de « 2001 l’odyssée de l’espace »

Pourtant un regard critique sur les règles de cet affrontement pourrait remettre en question ces évidences portées avec un peu trop d’emphases et de forces par les médias.

Intelligence artificielle vs intelligence humaine : l’absurde comparaison

Tout d’abord, il est important de rappeler qu’Alphago est un programme spécialisé : il ne sait joué qu’au go et à rien d’autre. Il est probable qu’il soit ridicule aux petits chevaux et encore plus nul au mistigri. Au regard du match Alphago – Lee Sedol, il s’agit donc de nuancer un peu : l’intelligence artificielle serait supérieure à l’intelligence humaine dans la seule pratique du jeu de go. Ce qui n’exclue certes pas le mérite du programme Alphago tant le jeu de go est un jeu compliqué et subtil. mais quand même.

Lee-Sedol-famille

Lee Sedol, champion de go, jouant avec sa fille

Par ailleurs, si l’on s’intéresse uniquement à cette partie de go, trois points, en lien avec le cadre et les règles du jeu interpellent et pourraient sans doute entraîner l’annulation de la victoire par un hypothétique comité éthique ou un organe de contrôle : le fair play financier, les contrôles anti dopage et le respect du nombre de joueurs.

Non respect du fair play financier

Alpha go bénéficie de la puissance financière de Google revenus 2012 estimés à 50 milliards de $, capitalisation boursière d’environ 500 milliards de dollars) alors que les revenus annuels de Lee Seydol étaient estimés à environ 640 000 Dollars en 2012. Pour donner une comparaison entre Google et le coréen, c’est comme si le PSG (valeur estimée à 298 millions d’euros) jouait contre un club de foot dont la valeur serait de 4170 €.

Cas de dopage caractérisé

Chez les cyclistes, l’Epo améliore la performance des sportifs de « seulement » 10 à 16%  (au niveau de la consommation d’oxygène). De ce fait, l’usage de l’EPO est interdit. Par ailleurs, une grande partie du dopage est utilisée pour améliorer les capacités de récupération des sportifs afin d’augmenter les volume d’entraînement. Aussi, Il serait intéressant de savoir quelle est la puissance de calcul d’alphago en comparaison à l’intelligence humaine moyenne.

Par ailleurs, Alpha Go est capable de jouer des millions de parties contre lui-même dans des temps très courts, bien plus que ne pourrait en disputer un être humain dans toute sa vie (la durée réglementaire d’une partie de go est de 1h en France et il y a 8760 heures dans une année) .

Enfin, Alpha Go ne connaît pas la fatigue (sans doute l’effet des corticoïdes ?) et est doté d’une mémoire presque illimitée (l’usage de stéroïdes anabolisants ?). enfin, il ne fait jamais d’erreur n’ayant d’autre latitude que celle que lui autorisent ses algorithmes (pas de stress ? consommation de bêtabloquant ?).

déséquilibre du nombre de joueurs

On peut imaginer que le nombre de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens autour d’AlphaGo avant, après et peut-être pendant la partie était bien supérieur à l’équipe du coréen. Quand on sait que l’UCI prône l’interdiction des oreillettes des cyclistes car elles « dénaturent le sport cycliste » on peut se demander si les joueurs se situaient sur un pied d’égalité à ce niveau-là également. Finalement le match opposait une équipe (de chercheurs, d’ingénieurs et de techniciens) à un individu. Cela peut poser des problèmes de fair play  ?

En conclusion, comparer la victoire d’Alpha Go à un humain, fut-il le numéro 3 mondial de la discipline, équivaut à louer la victoire d’un dauphin dans une compétition de natation, d’une grue dans une compétition de force basque ou d’être impressionné-e par la victoire du PSG sur l’équipe de votre quartier. Bien plus intéressant serait d’étudier la force d’un collectif organisé (l’équipe de Google Deep Mind) face à un individu seul, fut-il talentueux

A suivre : (2/2) L’autre leçon du match Alphago – Lee Sedol : la coopération et la force du collectif