(2/2) L’angle mort du match homme vs machine: coopération et force du collectif

(2/2) L’angle mort du match homme versus machine : la coopération et la force du collectif

(Cet article est la suite de l’article précédent intitulé « intelligence artificielle vs intelligence humaine : l’absurde comparaison « )

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Nous avons vu dans l’article précédent que la victoire d’Alpha Go sur Lee Sedol pouvait être comparée à celle d’une moto sur un cycliste ou d’une grue contre un haltérophile. Contrairement à ce que laisse à penser le fantastique écho médiatique, il n’y a donc que peu d’informations à en tirer.

Néanmoins, une source d’enseignements peut être extraite de cette épisode. Il s’agit de la supériorité du collectif sur l’individu. En effet, Alphago est, sans nul doute, le fruit de la coopération d’une équipe composée d’ingénieurs, de chercheurs et de techniciens. Sans cette capacité à travailler ensemble, à coopérer (si caractéristique de l’être humain), il est pensable qu’AlphaGo n’aurait jamais existé.

Imaginons donc un cadre et des règles du jeu plus équilibré : la possibilité de jouer en équipe en face du collectif de Google Deep Mind ; et, bien sûr, qu’il soit laissé un temps de réflexion « raisonnable » à chaque coup (encore une fois, sans aller jusqu’à une équivalence stricte entre à la vitesse de pensée d’Alpha Go et le temps nécessaire pour un humain, ce qui n’est pas possible).

Les 6 caractéristiques d’une équipe efficace et performante

Voici une présentation de ce qui aurait été nécessaire à l’équipe de Lee Sedol pour composer une équipe efficace et performante :

collectif

Une équipe de 4 à 7 joueurs : à moins de 4, les interactions et les complémentarités sont faibles et les ego restent importants. A plus de 7, les interactions deviennent difficile sans médiation et le groupe rencontre des difficultés à prendre des décisions efficaces rapidement

Un objectif défini : une équipe est d’autant plus efficace et performante qu’elle a clairement identifié un objectif à atteindre et que cet objectif est partagé par l’ensemble des membres. De plus, pour être motivant il faut que cet objectif soit à la fois ambitieux et atteignable (tension supportable entre défi et compétences) et qu’il soit transcendant c’est-à-dire qu’il y ait une vision, un but « supérieur » (dans le cas de la partie de go : montrer que l’Homme qui coopère est capable de battre la machine)

Un cadre de fonctionnement dynamique : il faut que l’équipe conçoive et mette en place un système de fonctionnement qui d’une part met la bonne personne à la bonne place et, d’autre part, permet de la souplesse et de la capacité d’adaptation. Ce cadre doit être un équilibre entre solidité des rôles et des responsabilités et amélioration permanente du système.

Un climat de coopération : une équipe efficace est une équipe qui a la capacité de communiquer librement , d’échanger sur les problèmes, d’accepter les critiques constructives et de partager les informations. Le climat de confiance qui découle d’une franche coopération favorise la pensée innovante, la prise de risque  et l’engagement de chacun des membres pour un succès collectif.

Un feedback continu : l’équipe performante analyse en continu les facteurs de sa performance afin de maximiser sa réussite et de minimiser ses échecs. Il importe que l’équipe apprenne d’elle même (un peu comme Alphago se corrige  en jouant des millions de parties contre lui-même). Pour ce faire, l’équipe doit mettre en place un mode de fonctionnement adapté (à la façon du kaizen japonais) notamment en s’attachant autant à ses point forts qu’à ses points faibles, voire plus (le ratio de Losada,bien que contesté, indiquerait qu’on accorde trois fois plus d’importances au négatif qu’au positif).

Une motivation et une reconnaissance forte : Pour rester efficace, l’équipe performante a besoin de garder un très haut niveau de motivation. Cette motivation passe entre autres par une reconnaissance forte, par les membres et par l’extérieur, des compétences individuelles de chacun. Également, il faut que les membres du groupe aient conscience qu’ils sont importants et que leur travail est reconnu. Enfin, les résultats de leurs efforts doivent être visibles, mesurables de façon régulière.

En conclusion, si la victoire d’Alpha Go sur Lee Sedol est assez pauvre en enseignements sur la supériorité ou non de la machine sur l’homme, elle est intéressante sur le fait qu’elle a opposé un individu à un collectif. Pour être à peu près équitable, il aurait été nécessaire que la partie de go propose une opposition entre deux équipes : celle qui a produit le programme  et une équipe de joueurs. Bien sûr, pour qu’une équipe parvienne à travailler ensemble et à être performante, encore faut-il qu’elle soit motivée et entraînée à la coopération.

Esprit-d-equipe

Face à des problématiques complexes, le monde de l’entreprise a prouvé que seul un collectif performant et entraîné à travailler ensemble pouvait répondre efficacement. La création d’AlphaGo est vraisemblablement issue de ce type de collaboration. L’enseignement principal pourrait donc être  l’absolue nécessité de faciliter la coopération et l’esprit d’équipe en entreprise plutôt que de rechercher la performance via le talent individuel. Hélas, au regard de l’analyse médiatique purement technique du phénomène AlphaGo, il est possible que ce besoin de coopération en situation complexe reste encore, pour quelque temps, dans notre angle mort médiatique.