Qu’est-ce que travailler avec amour ?

« Qu’est-ce que travailler avec amour ? »

Extrait du livre « Le prohète » de Khalil Gibran

Khalil-Gibran

Khalil Gibran – illustration (source Alamy)

« Le prophète » de Khakil Gibran est un livre publié en 1923 qui connut un immense succès à sa sortie. Il fait parti des best seller du 20ème siècle, traduit dans plus de 20 langues.

Le livre traite de Almustapha, un homme sage et généreux, aimé de tous dans le village dans lequel il a vécu 12 ans. Le jour de son départ, les villageois, attristés et inquiets de sa perte, lui posent des questions sur certaines choses de la vie. Je vous retranscrit l’extrait traitant du travail.

« Alors un laboureur lui dit :

–  Parle-nous du travail.

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Ouroboros (parti pris 2/2)

ouroboros (parti pris-suite et fin)

« L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul » – Gandhi

ouroboros

Un ouroboros

Cet article est écrit en réaction aux attentats de Paris du 13 novembre 2015. Il fait suite à celui intitulé « le silence du réseau ». Il s’agit d’un parti pris. Il sort de la ligne éditoriale habituelle de ce site. Je suis coach et formateur en entreprise. J’interviens notamment sur les questions de plaisir au travail et d’éthique professionnelle. Ce site a pour but premier de promouvoir mon activité. Les articles que je poste vise d’ordinaire à partager des éléments qui me paraissent intéressants pour mieux comprendre le monde de l’entreprise et les grandes mutations qui sont en cours.

Aujourd’hui, si je fais le choix de traiter d’un sujet de société, c’est d’abord du fait de mon chagrin suite aux attentats doublé d’un sentiment d’impuissance. C’est ensuite parce qu’il s’agit d’un événement qui va sans doute marquer notre société profondément pour un long moment. C’est enfin parce que je suis convaincu qu’il y a des questions éthiques à poser autour de cet événement (j’ai défini ma conception de l’éthique dans l’article précédent). L’article précédent portait sur la difficulté du monde de l’entreprise à traiter de sujets impliquants qu’ils soient sociétales où qu’ils portent sur questions éthiques. L’article que je vous soumets ici porte sur les conséquences de nos actes et sur l’indispensable nécessité de soumettre nos actions au filtre de notre responsabilité afin de ne pas en subir des conséquences préjudiciables (pour nous ou pour autrui) à plus ou moins long terme.

J’espère que vous ne verrez pas dans cet article une critique moraliste des comportements inconséquents. Je sais à quel point, parfois « nécessité fait loi » et combien il est souvent difficile d’agir à rebours de nos intérêts à court terme. Il n’empêche. Je suis convaincu que nos décisions, nos actes ont des répercussions de plus en plus importantes et non maîtrisables dans un mode de plus en plus interconnecté et complexe, comme pour l’effet papillon. Pour moi, il est  devenu indispensable de réfléchir avant d’agir et d’agir « en conscience » c’est-à-dire en pesant les conséquences au préalable et en les assumant par la suite. Ceci tant au niveau individuel, que de l’entreprise mais également au niveau d’un État, qui plus est quand il se présente comme « le pays des droits de l’homme ».

Dans cet article, je ne me pose ni en expert du Moyen Orient, ni de l’Islam, encore moins de la géopolitique. J’écris en tant que citoyen, démocrate, patriote, touché et ému par la mort de 130 personnes innocentes qui cherche à comprendre et qui s’interroge sur les choix de nos représentants. Ainsi, je ne suis pas forcément légitime pour écrire et je vous invite à vous forger votre propre point de vue, à approfondir mes propos, voire à les infirmer ou à les critiquer.

L’idéologie de Daesh : le wahhabisme (ou salafisme)

le groupe terroriste, Daesh, fonde son action sur une idéologie que partage également l’organisation Al Qaeda : le Wahhabisme.

Le Wahhabisme est une doctrine politico-religieuse fondée au 18eme siècle par Mohammed ben Abdelwahhab. Elle prône un retour à une pratique rigoriste et stricte de l’Islam sans distinction des sphères privée et publique. Il s’agirait de se conformer aux pratiques du temps des Salaf (d’où le terme salafisme) signifiant les « pieux prédécesseurs » c’est-à-dire au temps des compagnons de Mahomet et des deux générations qui leur ont succédé (à peu près entre le 7ème et le 9ème siècle). La doctrine wahhabite impose une lecture rigoriste et puritaine du Coran et réfute toute interprétation ou adaptation de celui-ci.  Elle rejette tout ce qui ne vient pas de l’islam, impose une stricte séparation des sexes, invite à détruire les vestiges de la civilisation pré-islamique et condamne violemment (takfir) toute pratique différente de l’islam (qui est considéré comme apostat, lui aussi sévèrement condamnée). Cette doctrine récente (moins de deux siècles) qui réfute tous les autres courants religieux de l’Islam  est encore aujourd’hui considérée comme une idéologie sectaire par la majorité des musulmans.
Elle serait sans doute restée dans l’anonymat communautaire si cette idéologie n’était portée depuis le départ par plusieurs États de la Péninsule arabique notamment l’Arabie Saoudite et le Qatar.

La naissance de l’Arabie Saoudite

Au début du 20ème siècle, la doctrine wahhabite a permis au premier roi saoudien Abdelaziz Al Saoud d’obtenir une légitimité sur la péninsule arabique et d’unifier l’ensemble des tribus qui composait ce territoire épars. Il devint roi de l’Arabie Saoudite en 1926 et mis en place la dynastie wahhabite des Saoud. A noter que la conquête du pouvoir par Al Saoud se fit grâce à une milice religieuse extrémiste, l’Ikhwan dont les modes opératoires et les convictions étaient très proches de ceux de Daesh aujourd’hui (les drapeaux des deux organisations sont par ailleurs très similaires).

Abdelaziz-Al-Saoud

Portrait non daté du roi Abdel Aziz ibn Séoud d’Arabie Saoudite, 1er souverain de la dynastie saoudienne.

Bien que l’idéologie wahhabite soit portée dès leur création par l’Arabie Saoudite et le Qatar, rien ne la prédisposait à devenir une idéologie majeure du monde musulman (les premiers wahhabites refusaient pour la plupart tout contact avec le monde, jugé bien trop impur, et souhaitaient vivre de façon communautaire et retranché, un peu à l’image des Amish d’Amérique du Nord). Seulement le pétrole et sa rente sont passés par là.

Le pacte de Quincy – 14 février 1945

Le roi Saoud et le président Roosevelt sur l'USS Quincy le 14 février 1945

Le roi Saoud et le président Roosevelt sur l’USS Quincy le 14 février 1945

Le 14 février 1945, Franklin Roosevelt, président américain et Abdelaziz Al Saoud, roi d’Arabie Saoudite, scelle un pacte qui va unir les deux pays pendant 60 ans (et qui sera par ailleurs renouvelée en 2005 par G.W Bush). Ce pacte garantit à la monarchie saoudienne la protection des USA en échange notamment d’un accès total au pétrole. Plus précisément, les États-Unis garantissent à l’Arabie Saoudite leur protection et le maintien du leadership régional de leur allié en échange de quoi l’Arabie Saoudite garantit la majeure partie de l’approvisionnement énergétique américain. Fort de la protection américaine et riche de pétrodollars, l’Arabie Saoudite va en profiter pour promouvoir sa doctrine wahhabite dans l’ensemble du monde islamique (notamment via la ligue islamiste mondiale et l’université islamiste de Médine) afin de devenir peu à peu le centre névralgique de l’Islam au début des années 90.

Notons également que l’engagement des milices islamistes au côtés des américains dans la guerre d’Afghanistan contre l’URSS (1979-1989) a dynamiser l’émergence de djihadistes combattants (tel l’Ikhwan en Arabie Saoudite) dont, rappelons-nous, Oussama Ben Laden faisait parti. Bien que renouvelé en 2005, ce pacte commence à s’effriter après les attentats du 11 septembre 2001.

11 septembre 2001 – l’Arabie Saoudite embarrassée – prise de distance des USA

Si vous vous souvenez les attentats de New York du 11 septembre 2001, l’Arabie Saoudite était au centre de nombreuses questions qui portaient sur sa responsabilité indirecte dans les attentats : Oussama Ben Laden était un arabe proche de la famille d’Arabie Saoudite (son père était le fondateur de la Bin Laden Construction Group, une importante entreprise de bâtiments et travaux publics arabe), l’ensemble des terroristes étaient arabes, la question de l’intervention de fonds saoudiens dans l’attentat est encore aujourd’hui posée.
Suite au 11 septembre, les américains vont tenter de prendre leur distance avec leur ambigu et embarrassant allié : investissements colossaux dans le gaz de schiste (dont la rentabilité est faible mais dont l’exploitation leur permet de retrouver une indépendance énergétique) et rapprochement avec d’autres acteurs du Moyen Orient : la Turquie et plus récemment l’Iran.

La prise de distance des américains profite aux français

Hollande en visite en Arabie saoudite en janvier 2015. © Présidence de la République

Hollande en visite en Arabie saoudite en janvier 2015. © Présidence de la République

La nature a horreur du vide paraît-il, la realpolitik aussi. Du fait de la prise de distance des américains, c’est la France qui va se rapprocher de plus en plus des régimes wahhabites. Le Qatar tout d’abord avec les importants investissements des qataris en France, notamment le PSG, puis de l’Arabie Saoudite plus récemment avec notamment la visite du président et du premier ministre en Arabie Saoudite en début d’année et l’annonce de la signature d’importants contrats commerciaux (notamment, l’Arabie Saoudite participera de façon significative à l’achat des fameux navires Mistral par l’Egypte).

Les points communs Daesh- Arabie Saoudite-qatar

De nombreux points communs rapprochent nos ennemis de l’État islamique et nos alliés arabes et qataris :

  • Destruction des monuments historiques : l’Arabie Saoudite aurait détruit 98% de son patrimoine historique depuis 1985 ( source Time Magazine)
  • Crucifixion et décapitation : la peine de mort par crucifixion et décapitation est toujours (cf. la condamnation du jeune Mohammed Al-Nimr)
  • Peine de mort : 134 exécutions depuis le début de l’année 2015 (décapitation ou lapidation dans la plupart des cas)
  • Crime d’apostasie : le renoncement à l’Islam est considéré comme un crime et puni de peine de mort
  • Liberté d’expression : un jeune bloggeur saoudien Raïf Badawi a été condamné à 10 ans de prison et à 1000 coups de fouets à raison de 50 tous les vendredis après la prière, devant la mosquée Al-Jafali à Djedda.
  • Droit des femmes : les femmes ont obligation d’avoir un tuteur masculin qui décide pour elle s du mariage, des voyages, l’accès à l’éducation à la santé… Les femmes doivent portés un voile intégral (abaya) dans l’espace public.Et le Qatar, bien que moins rigoriste sur certains points (droit de vote des femmes adoptée en 2002 notamment) n’est pas en reste : flagellation, décapitation au sabre, condamnation de l’apostasie (peine de mort), accusations récurrentes de financer en sous-main des organisations islamistes radicales.

Conclusion : le syndrome de l’Ouroboros

L’Ouroboros est une représentation d’un dragon se mordant la queue. On le retrouve dans un très grand nombre d’anciennes civilisations qu’elles soient asiatiques, nordiques, grecques ou encore indiennes. L’ouroboros est symbole de mouvement, de cycle et de continuité. Mais également, Il est symbole du paradoxe (se dévorer et mourir en se nourrissant pour survivre).

Ouroboros

Ouroboros

En même temps que la France devient le terrain des terroristes tuant au nom d’une idéologie sectaire et millénariste, le salafisme, le gouvernement français s’enorgueillit de signer pour près de 10 milliards de contrats avec la monarchie saoudienne, dont l’idéologie est très proche de celle de Daech. Pendant ces tractations, rien ne sera dit du non respect des droits de l’homme, des conditions du bloggeur Raïf Badawi condamné à 1000 coups de fouets pour avoir administré un blog et de la condamnation à mort par crucifixion et par pendaison de Mohammed Al-Nimr coupable d’avoir manifesté pendant les printemps arabes (17 ans au moment des faits). Business is business.

Je vous recommande de visionner cette vidéo de France Inter.

Combien de temps pourrons-nous rester dans cette incohérence entre le monde des affaires et les affaires du monde. Combien de temps encore resterons-nous persuadés que « si c’est bon pour le commerce alors c’est bon pour le reste » ? Comment combattre d’un côté une idéologie parce qu’elle est celle de terroristes fanatisés et la tolérer d’un autre, lorsqu’elle est portée par des états puissants et riches capable de nous vendre du pétrole, de nous acheter des armes et de gérer nos clubs de foot ?

Si nous n’interrogeons pas le champs des valeurs et des principes, si nous n’essayons pas de mettre de la justice, de la morale dans nos actions, si nous ne sortons pas du cynisme dans lequel nous nous sommes installés depuis les années 70, alors comment pouvons-nous prétendre que notre modèle démocratique, que nos valeurs humanistes, les Droits de l’homme, sont des exemples à promouvoir sur l’ensemble de la planète ?

Gandhi disait « l’exemple n’est pas la meilleure façon de convaincre, c’est la seule ». La meilleure façon de vaincre une idéologie n’est-elle pas d’oser l’affronter sur son propre terrain, celui des valeurs et des principes en étant exemplaire et incorruptible sur le strict respect de nos principes? Certes, ce combat n’est pas le plus simple. Cela demande un haut sens des responsabilité et un haut niveau de conscience d’abandonner certains choix économiques au profit de principes moraux. Mais c’est la seule réponse efficace à proposer.

Pour conclure, André Malraux a écrit en son temps que le XXIème siècle serait spirituel ou ne serait pas. Il avait raison. Le champs des valeurs et des principes est omniprésent depuis 2001. Abandonnés par une société occidentale qui s’est laissée endormir, repue, par les sirènes du cynisme et du pragmatisme économique. Le champs des valeurs a été récupérée par les religieux les plus extrêmes. Le moment est sans doute venu de le réinvestir. A un moment où le bateau Humanité tangue de tout bord, Il est sans doute nécessaire d’élever notre niveau de conscience et de responsabilité. Nous sommes à la croisée des chemins.