Ouroboros (parti pris 2/2)

ouroboros (parti pris-suite et fin)

« L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul » – Gandhi

ouroboros

Un ouroboros

Cet article est écrit en réaction aux attentats de Paris du 13 novembre 2015. Il fait suite à celui intitulé « le silence du réseau ». Il s’agit d’un parti pris. Il sort de la ligne éditoriale habituelle de ce site. Je suis coach et formateur en entreprise. J’interviens notamment sur les questions de plaisir au travail et d’éthique professionnelle. Ce site a pour but premier de promouvoir mon activité. Les articles que je poste vise d’ordinaire à partager des éléments qui me paraissent intéressants pour mieux comprendre le monde de l’entreprise et les grandes mutations qui sont en cours.

Aujourd’hui, si je fais le choix de traiter d’un sujet de société, c’est d’abord du fait de mon chagrin suite aux attentats doublé d’un sentiment d’impuissance. C’est ensuite parce qu’il s’agit d’un événement qui va sans doute marquer notre société profondément pour un long moment. C’est enfin parce que je suis convaincu qu’il y a des questions éthiques à poser autour de cet événement (j’ai défini ma conception de l’éthique dans l’article précédent). L’article précédent portait sur la difficulté du monde de l’entreprise à traiter de sujets impliquants qu’ils soient sociétales où qu’ils portent sur questions éthiques. L’article que je vous soumets ici porte sur les conséquences de nos actes et sur l’indispensable nécessité de soumettre nos actions au filtre de notre responsabilité afin de ne pas en subir des conséquences préjudiciables (pour nous ou pour autrui) à plus ou moins long terme.

J’espère que vous ne verrez pas dans cet article une critique moraliste des comportements inconséquents. Je sais à quel point, parfois « nécessité fait loi » et combien il est souvent difficile d’agir à rebours de nos intérêts à court terme. Il n’empêche. Je suis convaincu que nos décisions, nos actes ont des répercussions de plus en plus importantes et non maîtrisables dans un mode de plus en plus interconnecté et complexe, comme pour l’effet papillon. Pour moi, il est  devenu indispensable de réfléchir avant d’agir et d’agir « en conscience » c’est-à-dire en pesant les conséquences au préalable et en les assumant par la suite. Ceci tant au niveau individuel, que de l’entreprise mais également au niveau d’un État, qui plus est quand il se présente comme « le pays des droits de l’homme ».

Dans cet article, je ne me pose ni en expert du Moyen Orient, ni de l’Islam, encore moins de la géopolitique. J’écris en tant que citoyen, démocrate, patriote, touché et ému par la mort de 130 personnes innocentes qui cherche à comprendre et qui s’interroge sur les choix de nos représentants. Ainsi, je ne suis pas forcément légitime pour écrire et je vous invite à vous forger votre propre point de vue, à approfondir mes propos, voire à les infirmer ou à les critiquer.

L’idéologie de Daesh : le wahhabisme (ou salafisme)

le groupe terroriste, Daesh, fonde son action sur une idéologie que partage également l’organisation Al Qaeda : le Wahhabisme.

Le Wahhabisme est une doctrine politico-religieuse fondée au 18eme siècle par Mohammed ben Abdelwahhab. Elle prône un retour à une pratique rigoriste et stricte de l’Islam sans distinction des sphères privée et publique. Il s’agirait de se conformer aux pratiques du temps des Salaf (d’où le terme salafisme) signifiant les « pieux prédécesseurs » c’est-à-dire au temps des compagnons de Mahomet et des deux générations qui leur ont succédé (à peu près entre le 7ème et le 9ème siècle). La doctrine wahhabite impose une lecture rigoriste et puritaine du Coran et réfute toute interprétation ou adaptation de celui-ci.  Elle rejette tout ce qui ne vient pas de l’islam, impose une stricte séparation des sexes, invite à détruire les vestiges de la civilisation pré-islamique et condamne violemment (takfir) toute pratique différente de l’islam (qui est considéré comme apostat, lui aussi sévèrement condamnée). Cette doctrine récente (moins de deux siècles) qui réfute tous les autres courants religieux de l’Islam  est encore aujourd’hui considérée comme une idéologie sectaire par la majorité des musulmans.
Elle serait sans doute restée dans l’anonymat communautaire si cette idéologie n’était portée depuis le départ par plusieurs États de la Péninsule arabique notamment l’Arabie Saoudite et le Qatar.

La naissance de l’Arabie Saoudite

Au début du 20ème siècle, la doctrine wahhabite a permis au premier roi saoudien Abdelaziz Al Saoud d’obtenir une légitimité sur la péninsule arabique et d’unifier l’ensemble des tribus qui composait ce territoire épars. Il devint roi de l’Arabie Saoudite en 1926 et mis en place la dynastie wahhabite des Saoud. A noter que la conquête du pouvoir par Al Saoud se fit grâce à une milice religieuse extrémiste, l’Ikhwan dont les modes opératoires et les convictions étaient très proches de ceux de Daesh aujourd’hui (les drapeaux des deux organisations sont par ailleurs très similaires).

Abdelaziz-Al-Saoud

Portrait non daté du roi Abdel Aziz ibn Séoud d’Arabie Saoudite, 1er souverain de la dynastie saoudienne.

Bien que l’idéologie wahhabite soit portée dès leur création par l’Arabie Saoudite et le Qatar, rien ne la prédisposait à devenir une idéologie majeure du monde musulman (les premiers wahhabites refusaient pour la plupart tout contact avec le monde, jugé bien trop impur, et souhaitaient vivre de façon communautaire et retranché, un peu à l’image des Amish d’Amérique du Nord). Seulement le pétrole et sa rente sont passés par là.

Le pacte de Quincy – 14 février 1945

Le roi Saoud et le président Roosevelt sur l'USS Quincy le 14 février 1945

Le roi Saoud et le président Roosevelt sur l’USS Quincy le 14 février 1945

Le 14 février 1945, Franklin Roosevelt, président américain et Abdelaziz Al Saoud, roi d’Arabie Saoudite, scelle un pacte qui va unir les deux pays pendant 60 ans (et qui sera par ailleurs renouvelée en 2005 par G.W Bush). Ce pacte garantit à la monarchie saoudienne la protection des USA en échange notamment d’un accès total au pétrole. Plus précisément, les États-Unis garantissent à l’Arabie Saoudite leur protection et le maintien du leadership régional de leur allié en échange de quoi l’Arabie Saoudite garantit la majeure partie de l’approvisionnement énergétique américain. Fort de la protection américaine et riche de pétrodollars, l’Arabie Saoudite va en profiter pour promouvoir sa doctrine wahhabite dans l’ensemble du monde islamique (notamment via la ligue islamiste mondiale et l’université islamiste de Médine) afin de devenir peu à peu le centre névralgique de l’Islam au début des années 90.

Notons également que l’engagement des milices islamistes au côtés des américains dans la guerre d’Afghanistan contre l’URSS (1979-1989) a dynamiser l’émergence de djihadistes combattants (tel l’Ikhwan en Arabie Saoudite) dont, rappelons-nous, Oussama Ben Laden faisait parti. Bien que renouvelé en 2005, ce pacte commence à s’effriter après les attentats du 11 septembre 2001.

11 septembre 2001 – l’Arabie Saoudite embarrassée – prise de distance des USA

Si vous vous souvenez les attentats de New York du 11 septembre 2001, l’Arabie Saoudite était au centre de nombreuses questions qui portaient sur sa responsabilité indirecte dans les attentats : Oussama Ben Laden était un arabe proche de la famille d’Arabie Saoudite (son père était le fondateur de la Bin Laden Construction Group, une importante entreprise de bâtiments et travaux publics arabe), l’ensemble des terroristes étaient arabes, la question de l’intervention de fonds saoudiens dans l’attentat est encore aujourd’hui posée.
Suite au 11 septembre, les américains vont tenter de prendre leur distance avec leur ambigu et embarrassant allié : investissements colossaux dans le gaz de schiste (dont la rentabilité est faible mais dont l’exploitation leur permet de retrouver une indépendance énergétique) et rapprochement avec d’autres acteurs du Moyen Orient : la Turquie et plus récemment l’Iran.

La prise de distance des américains profite aux français

Hollande en visite en Arabie saoudite en janvier 2015. © Présidence de la République

Hollande en visite en Arabie saoudite en janvier 2015. © Présidence de la République

La nature a horreur du vide paraît-il, la realpolitik aussi. Du fait de la prise de distance des américains, c’est la France qui va se rapprocher de plus en plus des régimes wahhabites. Le Qatar tout d’abord avec les importants investissements des qataris en France, notamment le PSG, puis de l’Arabie Saoudite plus récemment avec notamment la visite du président et du premier ministre en Arabie Saoudite en début d’année et l’annonce de la signature d’importants contrats commerciaux (notamment, l’Arabie Saoudite participera de façon significative à l’achat des fameux navires Mistral par l’Egypte).

Les points communs Daesh- Arabie Saoudite-qatar

De nombreux points communs rapprochent nos ennemis de l’État islamique et nos alliés arabes et qataris :

  • Destruction des monuments historiques : l’Arabie Saoudite aurait détruit 98% de son patrimoine historique depuis 1985 ( source Time Magazine)
  • Crucifixion et décapitation : la peine de mort par crucifixion et décapitation est toujours (cf. la condamnation du jeune Mohammed Al-Nimr)
  • Peine de mort : 134 exécutions depuis le début de l’année 2015 (décapitation ou lapidation dans la plupart des cas)
  • Crime d’apostasie : le renoncement à l’Islam est considéré comme un crime et puni de peine de mort
  • Liberté d’expression : un jeune bloggeur saoudien Raïf Badawi a été condamné à 10 ans de prison et à 1000 coups de fouets à raison de 50 tous les vendredis après la prière, devant la mosquée Al-Jafali à Djedda.
  • Droit des femmes : les femmes ont obligation d’avoir un tuteur masculin qui décide pour elle s du mariage, des voyages, l’accès à l’éducation à la santé… Les femmes doivent portés un voile intégral (abaya) dans l’espace public.Et le Qatar, bien que moins rigoriste sur certains points (droit de vote des femmes adoptée en 2002 notamment) n’est pas en reste : flagellation, décapitation au sabre, condamnation de l’apostasie (peine de mort), accusations récurrentes de financer en sous-main des organisations islamistes radicales.

Conclusion : le syndrome de l’Ouroboros

L’Ouroboros est une représentation d’un dragon se mordant la queue. On le retrouve dans un très grand nombre d’anciennes civilisations qu’elles soient asiatiques, nordiques, grecques ou encore indiennes. L’ouroboros est symbole de mouvement, de cycle et de continuité. Mais également, Il est symbole du paradoxe (se dévorer et mourir en se nourrissant pour survivre).

Ouroboros

Ouroboros

En même temps que la France devient le terrain des terroristes tuant au nom d’une idéologie sectaire et millénariste, le salafisme, le gouvernement français s’enorgueillit de signer pour près de 10 milliards de contrats avec la monarchie saoudienne, dont l’idéologie est très proche de celle de Daech. Pendant ces tractations, rien ne sera dit du non respect des droits de l’homme, des conditions du bloggeur Raïf Badawi condamné à 1000 coups de fouets pour avoir administré un blog et de la condamnation à mort par crucifixion et par pendaison de Mohammed Al-Nimr coupable d’avoir manifesté pendant les printemps arabes (17 ans au moment des faits). Business is business.

Je vous recommande de visionner cette vidéo de France Inter.

Combien de temps pourrons-nous rester dans cette incohérence entre le monde des affaires et les affaires du monde. Combien de temps encore resterons-nous persuadés que « si c’est bon pour le commerce alors c’est bon pour le reste » ? Comment combattre d’un côté une idéologie parce qu’elle est celle de terroristes fanatisés et la tolérer d’un autre, lorsqu’elle est portée par des états puissants et riches capable de nous vendre du pétrole, de nous acheter des armes et de gérer nos clubs de foot ?

Si nous n’interrogeons pas le champs des valeurs et des principes, si nous n’essayons pas de mettre de la justice, de la morale dans nos actions, si nous ne sortons pas du cynisme dans lequel nous nous sommes installés depuis les années 70, alors comment pouvons-nous prétendre que notre modèle démocratique, que nos valeurs humanistes, les Droits de l’homme, sont des exemples à promouvoir sur l’ensemble de la planète ?

Gandhi disait « l’exemple n’est pas la meilleure façon de convaincre, c’est la seule ». La meilleure façon de vaincre une idéologie n’est-elle pas d’oser l’affronter sur son propre terrain, celui des valeurs et des principes en étant exemplaire et incorruptible sur le strict respect de nos principes? Certes, ce combat n’est pas le plus simple. Cela demande un haut sens des responsabilité et un haut niveau de conscience d’abandonner certains choix économiques au profit de principes moraux. Mais c’est la seule réponse efficace à proposer.

Pour conclure, André Malraux a écrit en son temps que le XXIème siècle serait spirituel ou ne serait pas. Il avait raison. Le champs des valeurs et des principes est omniprésent depuis 2001. Abandonnés par une société occidentale qui s’est laissée endormir, repue, par les sirènes du cynisme et du pragmatisme économique. Le champs des valeurs a été récupérée par les religieux les plus extrêmes. Le moment est sans doute venu de le réinvestir. A un moment où le bateau Humanité tangue de tout bord, Il est sans doute nécessaire d’élever notre niveau de conscience et de responsabilité. Nous sommes à la croisée des chemins.

Salon Tatou Juste – Saint-Etienne – Parc Expo Hall A – les 28-29 novembre

participation au salon « Tatou Juste » à Saint-Étienne, les 28 et 29 novembre 2015

tatou juste

Le salon Tatou Juste aura lieu les 28 et 29 novembre, dans le Hall A du Parc des Expositions de Saint-Etienne. Il regroupe tout un ensemble d’initiatives locales et diverses autour des nouvelles consommations et des nouvelles pratiques, plus en lien avec notre époque.

Je serai présent en tant qu’exposant pour présenter mes activités autour du plaisir au travail, de l’éthique professionnelle et pour proposer la mise en place d’ateliers de codéveloppement professionnel (qu’est-ce que le codéveloppement professionnel ?). Vous me trouverez dans l’espace « travailler autrement ».

Le rendez-vous des solutions heureuses

Je vous invite du fond du cœur à y faire un tour, d’une part, pour que nous échangions de visu, et d’autres parts, pour vous aider à lutter contre le fatalisme ambiant et vous réjouir du nombre d’initiatives positives et responsables qui émergent de-ci de-là.

Au plaisir de vous y rencontrer,

TATOU JUSTE – le rendez-vous des solutions heureuses

28-29 novembre 2015

Saint-Étienne- Parc des Expositions- Hall A (31 BD Jules Janin 42000 Saint-Étienne)

Entrée 1€

LIEN VERS LE SITE DU SALON TATOU JUSTE ICI

La motivation au travail – vidéo Ted de Dan Pink

Motivation Extrinsèque / Intrinsèque

Qu’est-ce qui nous motive  à travailler ? Le salaire, les primes, la reconnaissance de nos supérieurs c’est-à-dire des gratifications externes ? Pour partie, oui. Bien évidemment.

Pourtant, et pour l’essentiel, la motivation au travail dépend de trois facteurs bien différents :

  • l’autonomie que nous trouvons (que l’on nous accorde ?) dans notre travail,
  • la maîtrise que nous acquérons
  • le sens que nous lui donnons (sa pertinence)

Il est aujourd’hui prouvé scientifiquement que ces trois facteurs, plus encore que les gratifications, déterminent notre implication et notre engagement.

autonomie, maîtrise et recherche de sens sont les principaux moteurs de la motivation

Si la prime est incitative pour des tâches basiques, qui ne demandent pas d’efforts de réflexion, elle devient  limitante lorsqu’elle est associée un travail plus élaboré de réflexion, de créativité, de recherche de solutions.

Attention, cela ne veut pas dire que des salariés bien payés travaillent moins bien que des salariés mal payés (même si cela pourrait arranger quelques uns, nous savons depuis longtemps que, si un salaire haut n’est pas forcément une source de motivation suffisante, c’est un salaire jugé trop bas qui est la source essentielle de démotivation et de désengagement)

La vidéo ci-après vous parle de lexpérience de Duncker, de la théorie de la motivation, des expériences d’organisations innovantes qui demandent à leurs ingénieurs, pendant un temps, d’arrêter de travailler et de faire ce qu’ils désirent, où et comme ils le souhaitent, afin de trouver de nouvelles idées motivantes  (on connaît Google – même si cela n’évolue pas dans le bon sens actuellement– mais aussi Atlassian une entreprise australienne de logiciels). Vous entendrez également parler du R.O.W.E (Result Only Work Environment) qui est un mode d’organisation dont la seule contrainte est la réalisation d’objectifs dans les délais fixés, et cela sans contraintes d’horaires, de lieu, de hiérarchie

Espace de travail : économie collaborative, aubaine ou partage de miettes ?

économie collaborative, aubaine ou partage de miettes ? (vidéo)

Ci-dessous un débat entre Diana Filippova et Benjamin Coriat issue de l’émission de Mediapart « Espace de travail » avec pour sujet les perspectives de l’économie collaborative.

Benjamin Coriat

Benjamin Coriat

Diana Filippova

Diana Filippova

Si toutes les structures de cette économie marque un profond changement de paradigme économique, des différences notables existent entre les structures qui ont comme unique objectif de maximiser leurs profits (ex :Über, AirBnB ou BlaBlaCar) et les structures qui ambitionnent d’allier développement économique et responsabilités (ex : La ruche qui dit oui, BCorp ou Makesense). Pour visionner le débat, cliquer sur le lien ci-dessous :

Espace de travail : L’économie collaborative, aubaine ou partage de miettes ?

 

TedX : « commencer à vous demander pourquoi » par Simon Sinek

« Comment les grands leaders inspirent l’action »- Ted Talk

Ci-dessous le Ted Talk de Simon Sinek, auteur du livre « Start with why ».

L’auteur explique combien il est nécessaire, dans le développement de son activité, de se poser en tout premier lieu la question « pourquoi je fais ce que je fais ? », puis « comment je le fais ? » et seulement dans un troisième temps, « qu’est-ce que je fais ?« .

Une conférence, utile, agréable à visionner, courte.

suite de l’article du 14/05 : Il propose de diminuer son salaire de 93 % afin de réduire les écarts de salaire de sa société

Suite de l’article du 14/05 : « Il propose de diminuer son salaire de 93% afin de réduire les écarts de salaire de sa société »

Nous évoquions, il y a de cela plusieurs semaines, le cas de ce patron américain de la Silicon Valley qui avait décidé de diminuer son salaire afin d’augmenter l’ensemble des salaires de sa société (mis en place d’un salaire minimum de 70’000$/an pour l’ensemble des 120 salariés).

Nous félicitions cette action tout en nous interrogeant sur l’éventuel caractère « coup de pub » de l’affaire. Un article du figaro.fr (lien en bas de page) signale les conséquences négatives de la décision de Dan Price tant au niveau de certains clients qui, pour diverses raisons, n’ont pas apprécié la décision, qu’au niveau de certains membres du personnel, notamment les hauts salaires, qui y ont vu en quelque sorte une  « prime à l’incompétence ». Sur cet article sur les conséquences de cette action, nous pouvons d’ores et déjà tirer deux conclusions :

  • les médias sont encore plus qu’avant piégés dans un temps médiatique de plus en plus court, contraints de tirer des conséquences à court terme de décisions qui engagent le long terme.
  • Il serait complétement utopique d’imaginer qu’une décision aussi radicale qu’une uniformisation de la grille salariale dans une entreprise se fasse sans heurts, sans crainte et sans ressentiment notamment de la part des plus hauts revenus de l’entreprise.

Pour qu’une  telle décision s’installe dans les mœurs de l’entreprise, il s’agit de l’accompagner avec tact et constance. Et cela en priorité  auprès des « lésés » du nouveau système. Certains n’arriveront pas à s’adapter et quitteront l’entreprise.  Les autres auront besoin de temps pour trouver leur place et leurs repères. A l’heure actuelle, rien ne nous permet de dire si Dan Price est un communicant malin ou un courageux et innovant chef d’entreprise. Seules sa capacité à accompagner la transition et sa pugnacité nous permettront de tirer des conclusions et d’étudier les conséquences de sa décision. Rappelons néanmoins que certaines entreprises ayant décidé d’innover telles que Favi ou Poult en France,  Gore Tex et même Harley Davidson aux Etats-Unis, ont déjà fait le bilan d’opérations similaires amorcées il y a déjà de nombreuses années et ne sont pas du tout prêtes à revenir en arrière…

http://www.lefigaro.fr/emploi/2015/08/05/09005-20150805ARTFIG00132-bilan-mitige-pour-le-patron-qui-a-instaure-un-salaire-minimum-de-70000-dollars.php

 

Tedx de Sylvain Pierre : « Pourquoi je ne crois pas à l’entreprise libérée »

« Pourquoi je ne crois pas à l’entreprise libérée »

l’entreprise à laquelle je crois est une entreprise qui permet aux individus de s’affranchir d’un certain mode d’organisation et de relations et ça permet, par ce biais, une certaine forme de libération des individus.

Il n’y croit pas, mais il l’a fait

Ci-dessus, le Ted Talk de Sylvain Pierre, cofondateur de OFFICIENCE, entreprise de mise en relation et de partages de compétences et de savoirs entre la France et le Vietnam. L’entreprise, avec près de 300 collaborateurs ,a mis en place des modes de fonctionnement innovants notamment :

– en avançant « à taton », par itération, en apprenant de ses erreurs;

– en proposant aux salariés de fixer eux-même leur salaire, mais en toute transparence les uns vis-à-vis des autres;

– en se mettant d’abord au service de la mission puis au service de l’actionnaire;

– en demandant à chacun de définir son leader comme « quelqu’un que les gens décident de suivre« ;

– en passant d’une hiérarchie de pouvoir à une structure d’influence;

– en mettant en place du mentorat dans l’entreprise et de la confiance par défaut;

– en acceptant l’autogestion et le homeworking en mode projet notamment en s’aidant d’un outil collaboratif de mise en réseau comme Google+;

– en abandonnant le process et en prônant l’expérimentation et l’apprentissage par l’erreur.

La libération de l’entreprise doit être, certes, décidée par le management, mais c’est plus qu’une décision, ça demande une motivation intime de la part du fondateur, c’est accepter de montrer de la fragilité, c’est accepter de dire : « j’ai fait une erreur ».

 

 

Article de telerama.fr : « Peut-on résister aux injonctions paradoxales en entreprise sans péter un boulon »

Article de telerama.fr :

« Peut-on résister aux injonctions paradoxales en entreprise sans péter un boulon »

Vous trouverez, en bas de cette page, un article d’opinion de Marion Rousset basé sur le livre de Vincent de Gaulejac et Fabienne Hanique : « Le Capitalisme paradoxant, un système qui rend fou » (Seuil, 2015).

Le Chat de Philippe Gelluck

Merci à Philippe Gelluck pour cette « illustrante » illustration.

Résumé de l’article

Depuis les années « 70 » et la fin des « 30G », l’entreprise s’est enfermée de plus en plus dans des injonctions paradoxales (ou doubles contraintes) vis-à-vis des individus qui la composent. Que ce soit « l’autonomie contrôlée », « faire plus avec moins », « développer l’initiative dans le strict respect de la hiérarchie, des process et des reporting », « prôner le collectif tout en individualisant les évaluations » ou des slogans tels que : « Vous êtes responsable de votre carrière » (mais celle-ci dépendra, entre autres, des évolutions du marché et de la concurrence, de votre supérieur hiérarchique, de votre responsable R.H, des possibilités de poste, de votre niveau de formation, de vos exigences salariales, de la politique de l’entreprise…), toutes ces demandes enferment l’individu dans une boucle systémique dans laquelle la réalisation d’une injonction ne peut se faire qu’au détriment de l’autre.

Trois stratégies envisageables : repli, résistance ou acceptation

Enfermées dans ces injonctions paradoxales, les personnes en entreprise se retrouvent face à trois types de stratégie envisageables :

stratégie de repli : le salarié « arrive pour partir », il fait le minimum, s’investit peu, essaie d’être peu visible de l’entreprise afin de se conformer a minima;

stratégie de résistance : le salarié résiste, refuse les ordres paradoxaux, s’oppose, critique, demande de la cohérence. Soit ce salarié réussit à faire changer le mode de fonctionnement de l’entreprise (congratulations !); soit il cède et quitte l’entreprise, voire l’univers du salariat (et devient « consultant en développement éthique d’entreprise », par exemple…).

stratégie d’acceptation : le salarié essaie de répondre tant bien que mal à l’ensemble des demandes paradoxales, il se démène car il est convaincu par la rationalité des injonctions (qui restent rationnelles tant qu’elle sont prises individuellement : « il est normal que je m’implique et que je prenne des initiatives » ET « il est normal que j’obtienne l’aval de ma hiérarchie sur tout ce que je fais ou souhaite faire »). Tant qu’il y parvient, tout se déroule bien; mais lorsqu’il n’y parvient plus, il individualise sur sa personne la responsabilité complète de l’échec (« si je n’y arrive pas, c’est forcément de ma faute »), il sur-investit sur sa personne (« je dois y arriver », « ça n’est pas normal que je n’y arrive pas ») et se dirige pas à pas vers des syndromes pathologiques (dépression, anxiété généralisée, burn out…).

L’article évoque les limites de ce système paradoxal. Le livre (passionnant) propose des solutions pour sortir du paradoxe, notamment en proposant de le formaliser et de l’expliciter.

Article en intégralité sur Telerama.fr